Dans le rapport Kerner de la fin des années soixante qui fait un bilan politique et social des relations intercommunautaires aux Etats-Unis, il est écrit : «Nous allons vers deux sociétés, une noire, une blanche, séparées et inégales.». La pérennité de l'exclusion raciale, accompagnée par le confinement résidentiel et la ségrégation professionnelle, culturelle et sociale font apparaître un phénomène idéologique nouveau dans la communauté noire américaine : alors que le peuple noir a lutté pendant des siècles pour son intégration à l'intérieur de la société blanche, on voit se constituer une identité afro-américaine ambiguë et sceptique à l'égard de l'idée d'intégration. Le Black Power s'inscrit justement dans ce mouvement.
Le Black Power se donne d'abord pour tâche de libérer l'histoire et l'identité des Noirs du « terrorisme culturel », de la déprédation dont elles ont été victimes par la faute des Blancs, qui voulaient ainsi justifier leur sentiment de supériorité. Selon ce mouvement, le peuple noir doit se construire une image positive de lui-même : celle d'un peuple énergique, courageux, intelligent, beau et épris de paix et non paresseux, apathique, mou comme le disent les Blancs. Les Noirs doivent aussi prendre conscience que le lien qui les unit entre eux, les unit aussi à leurs frères africains. L'origine de l'histoire afro-américaine se trouve sur le continent africain et le peuple noir doit connaître ses racines et son héritage culturel. Cette première étape qui est d'acquérir une nouvelle conscience autant dans la dimension historique qu'identitaire va s'effectuer, entre autres nous le verrons plus tard, dans le Free Jazz, musique typiquement noire, avec des retours aux éléments de la musique africaine.
Le Black Power est un mouvement qui ne prône plus, à l'instar du mouvement du Dr. Martin Luther King, la non-violence. Le mouvement des « droits civiques » qui parlait un langage adapté à la bourgeoisie blanche n'a eu aucun effet. La méthode des « sit-in », des manifestations, des marches, est dépassée selon les tenants du Black Power. Il s'agit de faire comprendre aux Blancs qu'ils doivent cesser d'opprimer les Noirs sinon, ils en paieront le prix. Le Black Power est aussi un adversaire de l'intégration qu'il considère comme un subterfuge pour maintenir la suprématie blanche.
On peut donc dire que le Black Power met l'accent sur la nécessité de construire une véritable base psychologique, politique et sociale, en vue du développement de la communauté noire.
